Élection Présidentielle : quelle société voulons-nous ?

Comment organiser notre société dans un monde marqué par l’accélération des changements climatiques, les tensions géopolitiques, la raréfaction des ressources, la montée des inégalités et la fragilisation des démocraties ? À un an des élections présidentielles, alors que les débats publics se concentrent souvent sur les urgences du quotidien, le Comité 21 publie un rapport qui invite à prendre de la hauteur et à se projeter dans le long terme. Sous la plume de Bettina Laville, il est le fruit de quatre années de travaux associant à la fois des experts, des collectivités locales, des entreprises et des associations. 

Six ans après la publication de La Grande Transformation, le constat est sans appel : les crises se multiplient et s’entremêlent. Les promesses d’un retour à un modèle plus soutenable après la pandémie n’ont pas été tenues. L’urgence climatique s’aggrave, la biodiversité continue de s’effondrer, les tensions sur les ressources s’intensifient et les logiques de court terme reprennent souvent le dessus. Face à ces bouleversements, le Comité 21 considère qu’il ne suffit plus d’adapter à la marge nos modes de développement : il faut engager une transformation profonde de nos modèles économiques, sociaux et territoriaux. 

Le rapport défend une conviction forte : la transition ne pourra réussir sans redonner toute sa place au temps long, à la connaissance scientifique, à l’éducation, à la participation citoyenne et aux territoires. Il plaide pour une planification écologique plus cohérente, articulant atténuation et adaptation, et appelle à renforcer les capacités de résilience de la société face aux risques climatiques, économiques, sanitaires ou géopolitiques. 

Parmi les propositions les plus structurantes figurent l’inscription du principe de non-régression environnementale dans les principes constitutionnels, le déploiement massif de l’éducation au développement durable tout au long de la vie, la création d’un Conseil exécutif des parties prenantes de la planification écologique, la mise en cohérence de l’ensemble des stratégies publiques autour d’horizons communs à 2030, 2040 et 2050, ainsi que l’intégration systématique de l’adaptation aux changements climatiques dans les politiques publiques. 

Le Comité 21 appelle également à repenser en profondeur nos indicateurs de richesse, nos systèmes fiscaux et les règles de l’économie afin qu’ils prennent réellement en compte la préservation des ressources naturelles et des biens communs. Il propose notamment d’accélérer le développement de l’économie de fonctionnalité, fondée sur la valeur d’usage plutôt que sur l’accumulation de biens matériels, afin de concilier prospérité, sobriété et souveraineté. 

Enfin, le rapport souligne le rôle central des territoires, des collectivités, des entreprises, du monde associatif, des universités et des citoyens dans la construction de ces nouveaux modèles. Plus qu’un simple diagnostic, il constitue une contribution au débat public et une invitation à construire collectivement des trajectoires capables de répondre aux défis du XXIᵉ siècle sans renoncer aux exigences de justice sociale, de démocratie et de soutenabilité. 

À travers 45 propositions concrètes, le Comité 21 souhaite ainsi contribuer au débat présidentiel et rappeler qu’au-delà des échéances électorales, la véritable question demeure : quelle société voulons-nous construire pour les décennies à venir ? 

Consulter les 5 volumes :

Volume 1 : De l’espoir du monde d’après à l’instabilité de la planète | volume 2 : Le temps des choix | Volume 3 : Nature et puissance | Volume 4 : Puissance publique | volume 5 : Économie


4 questions à…

Bettina Laville, Présidente-fondatrice du Comité 21, coordinatrice du rapport

Après plusieurs années de travaux sur les nouveaux modèles sociétaux, quel est votre principal constat ? 

Ce qui me frappe, c’est que nous ne manquons ni de diagnostics ni de solutions. Les propositions existent ; elles sont nombreuses, souvent déjà expérimentées dans les territoires, les entreprises, les associations ou les collectivités. Pourtant, nous avons encore beaucoup de mal à les déployer à grande échelle, et à les financer. 

La principale difficulté tient, selon moi, bien sûr à la situation politique, qui ne se prête pas aux élans refondateurs, mais aussi à la superposition des crises. Les changements climatiques, les tensions géopolitiques, les bouleversements technologiques, les fractures sociales ou encore les atteintes à la biodiversité interagissent désormais les uns avec les autres. Les décideurs ont du mal à hiérarchiser les priorités, les financements restent encore trop souvent orientés vers la gestion des conséquences plutôt que vers le traitement des causes, et les citoyens ont parfois le sentiment que l’on colmate les brèches plus que l’on ne construit l’avenir. 

Nous sommes entrés dans un monde plus complexe et plus instable. Cela exige de nouvelles manières de penser et d’agir. 

Vous évoquez souvent la nécessité de nouveaux modèles. Pourquoi parler de modèles au pluriel ? 

Lorsque nous avons commencé ce travail, nous pensions pouvoir identifier les contours d’un nouveau modèle de développement. Au fil des années, j’ai acquis la conviction qu’il n’existe pas de solution unique capable de répondre à l’ensemble des défis auxquels nous sommes confrontés. 

Les réponses seront nécessairement multiples, évolutives et adaptées aux réalités des territoires. En revanche, plusieurs principes communs émergent clairement : la nécessité de réconcilier l’économie avec les limites écologiques, de faire de la sobriété une nouvelle forme de prospérité, de renforcer les capacités d’adaptation de nos sociétés, de mieux intégrer le temps long dans les décisions et de développer des formes de gouvernance plus coopératives. 

Je suis aussi persuadée qu’il faut renoncer clairement, définitivement, à ce qui retarde l’avènement de nouveaux modèles. Il faut se délester des automatismes nocifs. 

Les nouveaux modèles ne naîtront pas d’une grande réforme unique. Ils émergeront progressivement des expérimentations, des innovations et des coopérations que nous saurons mettre en œuvre. 

Malgré les crises, êtes-vous optimiste pour l’avenir ? 

Je suis lucide avant d’être optimiste. Les années qui viennent seront marquées par des tensions géopolitiques durables, par l’accélération des changements climatiques — annoncée, mais plus forte en France que ne le prévoyaient les premiers modèles — et par des secousses économiques importantes. Il serait illusoire de penser que nous reviendrons au monde d’hier. 

Pour autant, je ne crois pas au déclin inéluctable. Je crois à la capacité d’adaptation des sociétés. 

Tout au long de cet ouvrage, nous avons montré que les territoires, les entreprises, les citoyens, les chercheurs et les collectivités développent déjà des réponses innovantes face aux défis du siècle. 

La question n’est plus de savoir si nous allons devoir changer, mais comment nous allons le faire. Dans un monde marqué par l’incertitude, les sociétés qui réussiront seront celles qui sauront faire preuve de plasticité, coopérer davantage et préserver ce qui constitue leur véritable richesse : les femmes et les hommes, les ressources naturelles, les savoirs et les liens qui les unissent. 

C’est finalement le message que je souhaite retenir : nous avons encore la capacité de choisir la manière dont nous traverserons les tourmentes. 

Que nous apprend la dernière canicule ? 

Elle nous rappelle d’abord que les événements annoncés depuis plus de trente ans par les rapports du GIEC arrivent bel et bien, et que ceux qui n’y croyaient pas font parfois semblant de les découvrir. 

Au-delà de cette remarque, cette canicule nous rappelle trois choses : la vulnérabilité des plus fragiles, le fait que nous ne pourrons pas nous adapter à tout, et la nécessité de construire un véritable service public de l’adaptation, immédiatement opérationnel. 

Notre sécurité civile est enviée par de nombreux pays. Nous devons désormais construire une sécurité écologique, articulée autour de deux temporalités : l’urgence et le long terme. 

Au regard de l’ampleur des besoins et du niveau d’endettement public, nous devons également travailler, au niveau européen, à des financements pérennes et de long terme. 

Le nouveau modèle, s’il y en a un, doit être celui qui apporte des réponses aux grands risques de ce siècle. 

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