Écologie : les Régions face à un besoin de financement de 5 milliards d’euros par an

Les Régions ont presque doublé leurs investissements climat entre 2017 et 2023. Pourtant, elles devraient encore accélérer pour contribuer aux objectifs nationaux de décarbonation. Une étude publiée en septembre 2026 par La Banque Postale et Régions de France chiffre leurs besoins à 5 milliards d’euros par an d’ici à 2030. Une ambition qui se heurte à la réduction de leurs marges de manœuvre financières. 

Moderniser les lignes ferroviaires, renouveler les trains régionaux, rénover les lycées ou développer les mobilités décarbonées : les Régions occupent une place centrale dans la transition écologique. Leurs compétences en matière de transports, d’aménagement du territoire et de développement économique leur donnent également un rôle dans l’organisation des transformations à venir. 

Mais comment financer ces investissements alors que leurs ressources progressent moins vite que leurs dépenses et que leur contribution au redressement des finances publiques s’accentue ? 

C’est la question au cœur de l’étude Les Régions et la transition écologique : financer la décarbonation, publiée en septembre 2026 par La Banque Postale et Régions de France. À partir des investissements réalisés depuis 2017, elle évalue les besoins supplémentaires et leurs conséquences possibles sur les finances régionales à l’horizon 2030.  

Des investissements climat presque doublés depuis 2017 

Les investissements régionaux favorables au climat sont passés de 1,1 milliard d’euros en 2017 à environ 2 milliards en 2023. Ils auraient atteint 2,8 milliards d’euros en 2024, selon les estimations provisoires reprises dans l’étude. 

Cette progression est significative, même si l’inflation a renchéri le coût des travaux et des équipements, particulièrement entre 2021 et 2023. La hausse des montants investis ne correspond donc pas intégralement à une augmentation du nombre de projets réalisés.  

Le ferroviaire concentre l’essentiel de cet effort. Entre 2017 et 2023, il a représenté 73 % des investissements climat régionaux, contre 13 % pour la rénovation énergétique des bâtiments tertiaires et 9 % pour les transports collectifs urbains. 

Cette répartition reflète les compétences des Régions : elles financent notamment les infrastructures et le matériel ferroviaires, tout en assurant la gestion d’un important patrimoine immobilier, au premier rang duquel figurent les lycées.  

Le périmètre retenu reste toutefois limité. Il porte principalement sur les investissements de décarbonation des transports et des bâtiments. Les dépenses d’adaptation au changement climatique, de gestion de l’eau, de biodiversité ou encore de transformation de l’agriculture et de l’industrie ne sont pas intégrées au chiffrage principal. 

Autrement dit, les besoins financiers de la transition écologique dépassent les seuls montants étudiés.  

Un besoin de 5 milliards d’euros par an jusqu’en 2030 

Pour contribuer aux objectifs de la Stratégie nationale bas-carbone, les Régions devraient consacrer en moyenne 5 milliards d’euros par an aux investissements climat entre 2026 et 2030, avec une montée en charge progressive jusqu’à 5,9 milliards en 2030. 

Pour l’ensemble des collectivités territoriales, l’étude estime les besoins à 23,2 milliards d’euros par an en moyenne sur la même période.  

Près de la moitié des investissements supplémentaires attendus concerne les infrastructures permettant de favoriser le report vers des modes de transport moins émetteurs. L’autre moitié porte principalement sur la décarbonation des bâtiments et des équipements publics. 

Ces investissements ont également des conséquences sur les dépenses de fonctionnement. Une nouvelle infrastructure ferroviaire nécessite des moyens pour être exploitée et entretenue, tandis qu’une rénovation énergétique peut réduire durablement les consommations et les factures d’énergie. 

La question du financement ne se limite donc pas au coût initial des projets : elle concerne leur soutenabilité dans la durée.  

Des finances régionales déjà sous tension 

Cette accélération intervient dans un contexte de transformation profonde des ressources régionales. 

Les réformes fiscales successives ont réduit la capacité des Régions à agir directement sur leurs recettes. Une part croissante de leurs ressources dépend désormais de fractions d’impôts nationaux et de dotations, dont elles ne maîtrisent pas l’évolution. 

Parallèlement, les Régions sont appelées à participer au redressement des finances publiques, notamment à travers de nouveaux prélèvements sur leurs recettes. 

Cette combinaison réduit leurs marges d’autofinancement et renforce leur dépendance à l’emprunt. En 2025, celui-ci représentait déjà 31 % du financement de leurs investissements.  

L’étude souligne également une contradiction à plus long terme : certaines recettes régionales demeurent liées à la consommation de carburants ou à l’immatriculation des véhicules. Leur rendement pourrait ainsi diminuer progressivement à mesure que les usages se décarbonent. 

Les Régions doivent donc financer une transformation qui pourrait, dans le même temps, réduire une partie de leurs ressources actuelles.  

Une accélération qui pourrait fortement accroître l’endettement 

Pour mesurer les conséquences de cette situation, La Banque Postale a construit deux scénarios financiers à l’horizon 2030. 

Le premier prolonge les tendances actuelles. Il fait apparaître une augmentation de l’endettement régional, dont l’encours approcherait 50 milliards d’euros en 2030, avec un délai moyen de désendettement inférieur à huit ans. 

Le second intègre l’accélération des investissements climat nécessaire pour rejoindre les objectifs nationaux. Dans cette hypothèse, les besoins de financement augmenteraient fortement et le délai moyen de désendettement atteindrait 12,5 ans en 2030.  

Ces résultats sont des simulations et non des prévisions certaines. Ils reposent notamment sur l’hypothèse que les Régions financeraient leurs investissements supplémentaires essentiellement par l’emprunt, sans ressources nouvelles significatives. 

Ils mettent néanmoins en évidence une tension entre deux objectifs poursuivis simultanément : accélérer la décarbonation et contenir l’endettement public local.  

Des situations territoriales très différentes 

Si les résultats financiers de l’étude sont principalement nationaux, plusieurs éclairages territoriaux montrent que les besoins de transition ne prennent pas partout les mêmes formes. 

Dans les Hauts-de-France, l’étude revient sur la « vallée de la batterie », emblématique d’une stratégie de réindustrialisation liée au développement du véhicule électrique. 

La Région a notamment engagé 80 millions d’euros dans le projet ACC à Billy-Berclau/Douvrin et 60 millions dans le projet Verkor à Dunkerque. Ces investissements illustrent son rôle dans l’accompagnement des transformations industrielles, en complément des interventions de l’État, des intercommunalités et des entreprises. 

Ils relèvent toutefois d’un périmètre plus large que celui des seuls investissements climat chiffrés dans l’étude.  

Dans les outre-mer, les enjeux de décarbonation se cumulent avec d’importants besoins d’équipement et d’adaptation. 

À La Réunion, l’étude évoque notamment le développement des énergies renouvelables et des alternatives à la voiture individuelle. En Guadeloupe, elle souligne les enjeux de modernisation des infrastructures d’eau et d’assainissement, ainsi que les risques d’inondation et de submersion marine. 

En Martinique, la feuille de route de planification écologique signée en avril 2026 rassemble 229 actions et 74 priorités à l’horizon 2030, pour un montant d’environ 320 millions d’euros.  

Ces exemples soulignent la diversité des besoins territoriaux. Ils ne constituent cependant pas une comparaison financière entre Régions. 

Les Pays de la Loire ne disposent pas d’une analyse spécifique dans cette étude. Il n’est donc pas possible d’en déduire leur niveau d’investissement climat ou leurs besoins propres à l’horizon 2030.  

Au-delà des investissements, la nécessité d’une stratégie territoriale 

L’étude met en lumière une difficulté qui dépasse les seules finances régionales : les objectifs climatiques s’inscrivent dans le temps long, tandis que les décisions d’investissement restent soumises à des contraintes budgétaires immédiates. 

Pour le Comité 21, cette question appelle une approche territoriale de la transition, associant les collectivités, les entreprises et les autres acteurs concernés. L’enjeu est de mettre en cohérence les priorités climatiques, les besoins des territoires et les capacités de financement, afin de construire des trajectoires d’investissement partagées. 

Il importe également de ne pas limiter cette réflexion à la décarbonation. L’adaptation au changement climatique, la gestion de l’eau et la préservation de la biodiversité représentent des besoins supplémentaires, qui doivent être pris en compte dans les stratégies territoriales et les discussions sur leur financement. 

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