Dunkerque : la gratuité des transports, un levier puissant de transition

DK'Bus

À Dunkerque, le réseau de bus gratuits DK’Bus atteint de nouveaux sommets. Dans un contexte marqué par la hausse des prix des carburants, liée notamment aux tensions géopolitiques, la fréquentation des transports en commun continue de progresser. Le 8 avril dernier, un cap symbolique a été franchi : plus de 100 000 voyages ont été enregistrés en une seule journée.

Depuis le début de l’année 2026, la dynamique s’accélère. En période scolaire, la fréquentation a augmenté de plus de 5 %, avec près de 4 800 trajets supplémentaires chaque jour par rapport à l’année précédente. Ces dernières semaines, la hausse atteint même près de 6 %, traduisant un basculement concret des pratiques de mobilité.

Cette évolution s’inscrit dans une transformation engagée depuis plusieurs années par la collectivité. Depuis le passage à la gratuité totale du réseau en 2018, la fréquentation a presque triplé, passant de 9 millions de voyages en 2017 à plus de 24 millions en 2025. Sur la seule année 2025, 600 000 trajets supplémentaires ont été enregistrés. Au-delà de l’augmentation de l’usage des transports en commun, cette politique a produit des effets structurants : 10 % des habitants ont abandonné leur voiture individuelle, tandis que l’usage des parkings a diminué de 30 %.

L’exemple dunkerquois illustre de manière particulièrement concrète le potentiel des politiques de mobilité pour répondre à des enjeux à la fois écologiques et sociaux. En rendant les transports accessibles à tous, la gratuité agit directement sur le pouvoir d’achat, tout en favorisant des modes de déplacement moins émetteurs de gaz à effet de serre. Elle contribue également à réduire la dépendance aux énergies fossiles, dans un contexte de forte volatilité des prix et d’incertitudes géopolitiques.

Mais cette réussite repose sur plusieurs conditions. La gratuité ne constitue pas, à elle seule, une solution miracle. Elle s’inscrit dans une stratégie globale qui combine qualité de service, fréquence des lignes, couverture territoriale et lisibilité de l’offre. C’est cette cohérence d’ensemble qui permet d’ancrer durablement de nouveaux usages et de transformer les comportements.

Pour les territoires, cet exemple ouvre des perspectives concrètes. Il montre que des politiques volontaristes peuvent produire des effets rapides et mesurables, à condition d’être pensées dans une approche systémique. Il souligne également l’importance de relier les enjeux de transition écologique à des bénéfices immédiats pour les habitants, en particulier en matière de coût de la mobilité et d’accessibilité.

L’expérience de Dunkerque rappelle une évidence souvent sous-estimée : la transition écologique ne se décrète pas, elle se construit en répondant aux besoins concrets des habitants. Et lorsqu’elle parvient à concilier justice sociale, efficacité environnementale et simplicité d’usage, elle peut alors changer d’échelle.

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