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Habitabilité des territoires : le Haut-Commissariat appelle à accélérer l’adaptation

À quoi ressemblera la France en 2035 et en 2050 dans un climat durablement plus chaud ? Dans un nouveau travail prospectif consacré à l’environnement, le Haut-Commissariat à la stratégie et au plan alerte sur les transformations profondes auxquelles le pays doit se préparer et place l’habitabilité des territoires au cœur de la transition écologique. Ce travail a été coordonné par Antoine Pellion, président du Comité 21 et ancien secrétaire général à la planification écologique. Il part d’un constat simple : le principal frein à la transition ne tient plus tant à l’absence d’outils qu’à leur mise en œuvre concrète, souvent ralentie par l’instabilité des dispositifs, la désinformation environnementale et climatique ou encore la difficulté à articuler ambition écologique, pouvoir d’achat et cohésion sociale. L’exercice compare deux trajectoires à l’horizon 2035 et 2050 : un scénario tendanciel, dans lequel les politiques actuelles se prolongent sans accélération suffisante, et un scénario souhaitable permettant à la France de mieux préserver sa souveraineté, l’habitabilité de ses territoires et sa cohésion sociale. Des territoires confrontés à des risques climatiques majeurs Le rapport insiste notamment sur une réalité devenue incontournable : le changement climatique modifiera profondément les conditions de vie dans tous les territoires. À l’horizon 2050, chacun d’entre eux pourrait être confronté de manière critique à au moins un aléa majeur. Certains espaces pourraient même devenir beaucoup plus difficiles à habiter, voire, dans certains cas, inhabitables ou inassurables. Cette évolution oblige à revoir en profondeur la manière d’aménager le territoire. Électrification, eau, gestion des risques : les priorités à court terme À court terme, le Haut-Commissariat recommande notamment d’accélérer l’électrification des usages, de décarboner la chaleur et de garantir davantage de stabilité aux acteurs économiques et publics qui investissent dans la transition. Il propose également de renforcer la réduction des pollutions à la source, en particulier dans les territoires cumulant vulnérabilités environnementales et sociales. La question de l’eau occupe une place centrale. Le rapport estime que la gouvernance actuelle, conçue dans un contexte où la ressource était globalement abondante, doit évoluer. Il préconise une gestion plus fine à l’échelle des bassins et sous-bassins versants afin de mieux arbitrer entre les différents usages lorsque la ressource devient rare et de limiter les tensions locales. L’adaptation suppose également de mieux protéger les populations et les territoires contre l’augmentation des risques climatiques. Parmi les recommandations figurent l’élargissement de la réassurance par l’État à l’ensemble des risques climatiques et le renforcement de la culture du risque auprès des habitants, des entreprises et des collectivités. Des inégalités territoriales à anticiper Mais le rapport insiste surtout sur les inégalités que le dérèglement climatique risque d’accentuer. Les personnes les plus modestes, âgées ou isolées, ainsi que les communes rurales, littorales et ultramarines, disposeront souvent de moins de ressources pour se protéger ou investir dans leur adaptation. Le Haut-Commissariat considère donc qu’il faut donner davantage de moyens aux collectivités territoriales, en particulier au bloc communal. Il propose notamment de faciliter l’accès à des financements de long terme et à faible taux pour les infrastructures de transition. Cette proposition est particulièrement importante pour des investissements qui s’amortissent sur plusieurs décennies : réseaux d’eau potable, réseaux de chaleur et de froid, adaptation des bâtiments, infrastructures énergétiques, renaturation ou encore aménagement des espaces publics. Une collectivité ayant construit un plan pluriannuel d’investissement crédible pour sa transition pourrait ainsi bénéficier de ressources supplémentaires et de capacités d’endettement adaptées. 2050 : repenser l’aménagement des zones les plus vulnérables À l’horizon 2050, le rapport va plus loin et appelle à repenser les choix d’aménagement dans les territoires les plus vulnérables. Il recommande notamment de freiner les pratiques qui augmentent l’exposition aux risques, de limiter la concentration des populations et des activités dans certaines zones fragiles et de renforcer les mécanismes nationaux de solidarité entre territoires. Il introduit également une proposition particulièrement structurante : la création d’un cadre légal permettant d’organiser un « retrait stratégique planifié » des secteurs devenus inhabitables ou durablement inassurables. Autrement dit, dans certaines situations, l’adaptation ne pourra plus uniquement consister à protéger l’existant ; elle devra aussi permettre d’anticiper le déplacement progressif d’activités, de services, d’équipements ou de populations. Cette approche implique également d’adapter les services publics. Le Haut-Commissariat recommande la mise en place de plans de continuité afin que les services essentiels puissent fonctionner malgré les vagues de chaleur, les pénuries d’eau, les inondations ou d’autres événements climatiques extrêmes. Il appelle enfin à mieux articuler environnement et santé dans une logique « One Health », considérant que les transformations climatiques, les pollutions, la biodiversité et la santé humaine sont désormais indissociables. La lecture du Comité 21 Pour le Comité 21, ces propositions font directement écho aux transformations actuellement engagées dans les territoires. L’adaptation ne peut plus être considérée comme une politique sectorielle supplémentaire. Elle concerne directement l’eau, le logement, la santé, l’agriculture, la mobilité, l’énergie, les infrastructures et plus largement les conditions mêmes d’habitabilité des territoires. Elles confortent également une conviction au cœur de l’action du Comité 21 : la transition écologique doit être construite au plus près des réalités locales, en donnant aux collectivités, aux entreprises et aux acteurs de la société civile les moyens d’anticiper et d’agir. Le message du Haut-Commissariat est finalement clair : la transition écologique aura lieu, mais elle peut être organisée ou subie. Plus les décisions seront anticipées, plus il sera possible de limiter les coûts humains, sociaux et économiques des changements climatiques et de préserver durablement l’habitabilité des territoires. 👉 En savoir plus

Climat : Montpellier veut développer une véritable culture du risque

Après un été marqué par des vagues de chaleur répétées, des incendies, la sécheresse et plusieurs épisodes météorologiques violents, Montpellier renforce sa stratégie de prévention face aux risques majeurs. La Ville et la Métropole veulent faire de la culture du risque un véritable pilier de l’adaptation au changement climatique, en impliquant directement les habitants dans la préparation aux crises. Cette évolution répond à une réalité de plus en plus tangible. Entre septembre 2025 et août 2026, le Plan communal de sauvegarde de Montpellier a été activé à de nombreuses reprises, notamment lors des pluies-inondations de décembre 2025, qui ont apporté 360 mm de précipitations en une semaine, dont jusqu’à 160 mm en seulement six heures, pendant les épisodes de canicule de l’été et lors de la tempête du 21 août. À cela s’ajoute une hausse rapide de la population métropolitaine, de l’ordre de 8 300 à 8 600 habitants supplémentaires par an. Cette croissance accroît les enjeux de protection, d’information et de coordination dans un territoire déjà fortement exposé aux effets du réchauffement climatique. Quatre piliers pour construire une culture du risque Pour Montpellier, la réponse ne peut donc pas reposer uniquement sur la gestion de crise. Elle passe aussi par une meilleure préparation de la population. La Ville et la Métropole structurent cette démarche autour de quatre dimensions : la prévention, l’information, la réduction de la vulnérabilité et l’engagement citoyen. Sur le volet prévention, les habitants sont notamment invités à s’inscrire au dispositif de téléalerte, à préparer un kit d’urgence permettant de tenir 72 heures en cas d’évacuation ou de mise à l’abri, et à se former aux gestes qui sauvent. L’objectif est de faire en sorte que chacun connaisse les bons réflexes avant qu’une crise ne survienne. L’information constitue un autre levier essentiel. Connaître les risques auxquels son quartier ou son logement est exposé permet d’adapter ses comportements et de mieux anticiper les événements. Dans un territoire soumis à la fois aux fortes chaleurs, aux feux de forêt, aux pluies intenses et aux inondations, cette connaissance devient indispensable. La réduction de la vulnérabilité passe également par des mesures très concrètes. La Métropole encourage le respect des obligations légales de débroussaillement et accompagne les propriétaires exposés aux inondations, notamment à travers les dispositifs Lez’Alabri et Ruissel Alabri. Enfin, la collectivité souhaite renforcer l’engagement citoyen. Les habitants peuvent rejoindre une association locale, la réserve citoyenne ou encore s’engager comme sapeurs-pompiers volontaires. La réserve citoyenne compte déjà une soixantaine de bénévoles. Une politique d’adaptation plus large : chaleur, eau et gestion de crise Cette culture du risque s’intègre dans une politique d’adaptation plus large. Face aux fortes chaleurs, Montpellier recense 70 lieux frais accessibles sur le territoire. Près d’un millier de personnes sont inscrites au registre des personnes vulnérables et plus de 2 400 appels de suivi ont été réalisés pendant l’été pour s’assurer de leur situation. La végétalisation et la place de l’arbre font également partie de la stratégie d’adaptation. L’objectif est de réduire les effets des îlots de chaleur et d’améliorer le confort des habitants dans une ville exposée à des épisodes caniculaires de plus en plus fréquents et intenses. La question de l’eau constitue un autre axe majeur. La Métropole vise une économie de 500 000 mètres cubes d’eau par an en améliorant le rendement du réseau, en développant les changements de comportement des usagers et en recherchant de nouvelles ressources, notamment à travers le recyclage, la réutilisation de certaines eaux et le recours aux eaux brutes. Sur le plan de la gestion de crise, le Plan communal de sauvegarde a été révisé en 2025 et un Plan intercommunal de sauvegarde est en cours d’élaboration. Celui-ci doit permettre de mieux coordonner les communes, de mutualiser les moyens et de renforcer la capacité collective à faire face à des événements qui dépassent les frontières administratives. La lecture du Comité 21 Cette approche illustre une évolution importante des politiques d’adaptation. Il ne s’agit plus seulement de protéger les infrastructures ou d’intervenir lorsque la crise survient, mais aussi de préparer les habitants, les organisations et les services publics à faire face à des événements qui vont se multiplier. Pour le Comité 21, cette dimension est essentielle. Un territoire résilient est un territoire capable d’anticiper les risques, de réduire ses vulnérabilités, mais aussi de mobiliser ses habitants et ses acteurs lorsque survient une crise. L’exemple montpelliérain montre ainsi que la culture du risque doit désormais être considérée comme une composante à part entière de l’adaptation au changement climatique. Face à des événements plus fréquents, plus intenses et parfois simultanés, la capacité collective à savoir quoi faire, quand et comment peut devenir aussi déterminante que les infrastructures de protection elles-mêmes. Pour en savoir plus : cliquez ici

Végétaliser les cours d’école : de l’expérimentation au nouveau standard d’aménagement

Longtemps expérimentée par quelques villes pionnières, la végétalisation des cours d’école est progressivement en train de s’imposer comme une véritable politique d’adaptation aux changements climatiques. La dernière enquête de l’Observatoire des villes vertes, publiée fin août, témoigne de cette évolution : 96 % des collectivités interrogées considèrent désormais que la végétalisation des cours doit devenir un standard d’aménagement. ———- Un mouvement déjà largement engagé Le mouvement est déjà largement engagé. Plus de six collectivités répondantes sur dix déclarent avoir végétalisé au moins un quart de leurs cours d’école. Angers et Saint-Paul, à La Réunion, ont déjà dépassé les 75 %. Près des deux tiers des collectivités interrogées souhaitent avoir transformé au moins la moitié de leurs cours dans les cinq prochaines années, tandis qu’une ville sur cinq vise la totalité de son patrimoine scolaire d’ici 2031. L’été 2026 confirme la vulnérabilité des écoles face aux fortes chaleurs Cette accélération intervient alors que l’été 2026 a une nouvelle fois montré la vulnérabilité des établissements scolaires face aux fortes chaleurs. Lors de la canicule de juin, plus de 13 500 écoles et établissements ont dû adapter leur fonctionnement et près de 3 500 écoles et collèges ont été contraints de fermer temporairement. Avec des vagues de chaleur plus fréquentes, plus précoces et plus intenses, la question du confort thermique dans les établissements scolaires devient un enjeu majeur d’adaptation. Bien plus que planter quelques arbres Végétaliser une cour ne consiste d’ailleurs plus simplement à planter quelques arbres. Toutes les collectivités interrogées créent des zones de pleine terre dans leurs projets. 89 % ont recours au descellement des sols et développent des jardins pédagogiques. D’autres aménagent des classes extérieures, installent des dispositifs de gestion des eaux pluviales ou créent des espaces favorables à la biodiversité. Des bénéfices multiples, pour le climat comme pour les élèves La transformation des cours d’école permet ainsi de répondre simultanément à plusieurs enjeux : apporter de l’ombre et de la fraîcheur, favoriser l’infiltration de l’eau, réduire l’imperméabilisation des sols, accueillir davantage de biodiversité, mais aussi améliorer le bien-être des enfants et proposer de nouveaux usages pédagogiques. Trois collectivités interrogées sur quatre placent d’ailleurs le bien-être, le confort et la santé des élèves parmi leurs motivations. L’enquête révèle surtout que le débat a changé de nature. L’intérêt de ces aménagements semble de moins en moins discuté ; la question est désormais celle de leur généralisation. Le financement, premier obstacle à la généralisation Et c’est précisément là que les difficultés apparaissent. Le financement constitue le premier obstacle, cité par 77 % des collectivités, devant les contraintes techniques liées à certains sites (46 %) et l’entretien dans la durée (42 %). Passer de quelques cours pilotes à la transformation de l’ensemble du patrimoine scolaire suppose donc des investissements importants, mais aussi des compétences techniques, une ingénierie adaptée et une capacité à anticiper la gestion future des espaces végétalisés. Ces résultats doivent toutefois être interprétés avec une certaine prudence : l’enquête repose sur les réponses de 26 collectivités et ne constitue donc pas une photographie exhaustive de l’ensemble des communes françaises. Elle met néanmoins en évidence une tendance forte : l’adaptation des écoles aux nouvelles conditions climatiques devient progressivement un sujet structurant des politiques locales. Le regard du Comité 21 Pour le Comité 21, cette évolution illustre très concrètement ce que signifie l’adaptation des territoires aux changements climatiques. Il ne s’agit plus seulement de disposer de stratégies ou de plans d’adaptation, mais de transformer progressivement les espaces dans lesquels nous vivons, travaillons et apprenons. La végétalisation des cours d’école constitue à ce titre un exemple particulièrement intéressant de solution fondée sur la nature : une action locale et visible qui répond à la fois aux enjeux climatiques, de biodiversité, de gestion de l’eau, de santé et de qualité de vie. Après les expérimentations des dernières années, le véritable défi est désormais celui du changement d’échelle. Faire de la cour végétalisée la norme plutôt que l’exception suppose de l’intégrer dès la conception et la rénovation des établissements scolaires et de donner aux collectivités les moyens financiers et techniques nécessaires pour accélérer cette transformation. En savoir plus

Faire de la transition écologique un projet de souveraineté concrète

Cet article d’Antoine Pellion est issu du séminaire « La souveraineté, levier de relance de la transition écologique », organisé par le Comité 21 le 21 mai 2026. Ce séminaire est l’un des six dédiés aux enjeux de souveraineté mises en place en 2025 et 2026 par la Caisse des Dépôts et plusieurs partenaires think tanks, dont le Comité 21.  Retrouver l’article original ici —- Dans un monde plus instable et plus contraint, la transition écologique peut devenir l’un des principaux moyens de réduire nos vulnérabilités. Encore faut-il la planifier, la financer et la construire avec celles et ceux qui auront à la mettre en œuvre. Pourquoi la transition écologique  se cherche un nouveau souffle La souveraineté comme nouveau cadre de lecture La transition écologique traverse un moment singulier. Elle reste indispensable, mais elle paraît moins assurée dans le débat public. Certaines mesures sont contestées, les investissements ralentissent. On parle volontiers de fatigue, de reflux, parfois même de rejet ou de backlash. Cette lecture me paraît trop simpliste. Ce qui est en cause n’est pas tant l’idée même de transition que la manière dont elle est racontée, organisée et financée. Beaucoup de nos concitoyens perçoivent bien la nécessité d’agir. Ils voient les effets du changement climatique, les tensions sur l’énergie, les fragilités industrielles, les difficultés agricoles, les conflits d’usage autour de l’eau ou des sols. Mais ils attendent aussi que cette transformation soit lisible, juste, progressive et utile dans leur vie quotidienne. Dans ce contexte, la souveraineté peut offrir un cadre utile. À condition de ne pas en faire un mot de repli. La souveraineté dont nous avons besoin n’est pas l’illusion de pouvoir tout produire seuls, ni la tentation de fermer les frontières. Elle renvoie plutôt à une capacité collective : mieux comprendre ce dont nous dépendons, réduire les vulnérabilités les plus critiques, organiser nos ressources, protéger nos infrastructures et retrouver des marges de manœuvre. Vue ainsi, la transition écologique n’apparaît plus comme une contrainte extérieure, mais devient une manière très concrète de reprendre prise sur nos conditions matérielles de vie. Repartir des dépendances réelles La France et l’Europe se sont développées dans un monde où l’accès aux ressources paraissait relativement stable. Les énergies fossiles étaient importées en grandes quantités, les matières premières circulaient, les chaînes de valeur mondialisées permettaient de produire loin, puis de consommer ici. Ce modèle a longtemps donné le sentiment d’une efficacité économique. Mais Il a aussi installé des dépendances profondes, que les crises récentes ont rendues visibles, ainsi que nos vulnérabilités. L’énergie, les matières critiques, les intrants agricoles, certains composants industriels ou les capacités de transformation ne sont pas de simples variables économiques. Ils conditionnent notre capacité à produire, nous chauffer, nous déplacer, nous nourrir, investir et protéger les territoires. La transition écologique touche directement à ces sujets. Moins dépendre des énergies fossiles, mieux utiliser les ressources, préserver les sols, recycler davantage, diversifier certaines productions, développer des infrastructures bas-carbone : ces actions relèvent de l’écologie, mais elles répondent aussi à des enjeux très concrets d’autonomie et de résilience. Nous ne pourrons pas supprimer toutes les interdépendances. Ce ne serait ni réaliste ni souhaitable, mais nous devons mieux choisir celles que nous acceptons, celles que nous devons sécuriser, et limiter celles qui nous exposent trop fortement. Changer de paradigme :  de l’injonction au projet collectif Sortir de l’écologie vécue comme injonction La transition est souvent présentée à travers les gestes individuels. Ces gestes comptent, mais ne suffisent pas à faire une politique de transition. On ne change pas durablement les comportements si les conditions matérielles ne suivent pas, ou si elles ne s’inscrivent pas dans un cadre de politique de transition plus large et acceptée, et c’est un pilier essentiel des transformations à venir. La transition devient en effet plus acceptable lorsqu’elle transforme l’environnement dans lequel les choix se font : infrastructures, prix, accès aux services, organisation des filières, commande publique, fiscalité, accompagnement local. Faire apparaître les bénéfices immédiats Le climat reste évidemment la raison majeure d’agir. Mais il est souvent perçu comme un horizon global, parfois lointain, face auquel les individus se sentent impuissants. La transition doit aussi être reliée à des bénéfices plus proches dont la santé publique est l’un des plus importants. Respirer un air moins pollué, mieux manger, protéger les enfants, vivre dans des logements mieux isolés, supporter les épisodes de chaleur : ce sont des préoccupations quotidiennes. Elles donnent à la transition un contenu beaucoup plus tangible. Une rénovation thermique réduit les émissions, mais elle améliore aussi le confort, la santé et les factures. Une agriculture moins dépendante de certains intrants protège les sols, mais elle peut aussi répondre à des préoccupations alimentaires et sanitaires. Des mobilités moins polluantes améliorent le climat, mais elles réduisent aussi le bruit, la congestion et les maladies liées à la pollution de l’air. Ces co-bénéfices ne sont pas secondaires. Ils peuvent devenir des moteurs d’adhésion, parce qu’ils donnent à voir ce que la transition apporte ici et maintenant. Les ressources naturelles  comme enjeux stratégiques Considérer les sols, l’eau et la biomasse comme des ressources stratégiques Nous parlons souvent de souveraineté à propos de l’énergie, de l’industrie ou du numérique. Nous devrions le faire tout autant à propos des sols, de l’eau, de la biomasse et des ressources vivantes. La qualité des sols conditionne notre capacité à produire demain. La préservation de la ressource en eau également. Les conflits d’usage se multiplient entre agriculture, industrie, énergie, usages domestiques et préservation des milieux et ils vont probablement s’intensifier. La biomasse soulève le même type de difficulté. Elle peut servir à l’alimentation, aux matériaux, à l’énergie, à la chimie, à la fertilisation, à la décarbonation de plusieurs secteurs, mais elle n’est pas infinie. Si chaque filière construit sa stratégie comme si elle disposait seule de la ressource, nous créerons rapidement des contradictions. Ces sujets demandent ainsi une planification plus explicite. Cela supposera d’identifier quels usages sont prioritaires, quelles ressources doivent être préservées, quelles infrastructures doivent être développées, et pour cela, les compromis acceptables. Ce sont des choix collectifs et politiques, localement et à

Élection Présidentielle : quelle société voulons-nous ?

Comment organiser notre société dans un monde marqué par l’accélération des changements climatiques, les tensions géopolitiques, la raréfaction des ressources, la montée des inégalités et la fragilisation des démocraties ? À un an des élections présidentielles, alors que les débats publics se concentrent souvent sur les urgences du quotidien, le Comité 21 publie un rapport qui invite à prendre de la hauteur et à se projeter dans le long terme. Sous la plume de Bettina Laville, il est le fruit de quatre années de travaux associant à la fois des experts, des collectivités locales, des entreprises et des associations.  Six ans après la publication de La Grande Transformation, le constat est sans appel : les crises se multiplient et s’entremêlent. Les promesses d’un retour à un modèle plus soutenable après la pandémie n’ont pas été tenues. L’urgence climatique s’aggrave, la biodiversité continue de s’effondrer, les tensions sur les ressources s’intensifient et les logiques de court terme reprennent souvent le dessus. Face à ces bouleversements, le Comité 21 considère qu’il ne suffit plus d’adapter à la marge nos modes de développement : il faut engager une transformation profonde de nos modèles économiques, sociaux et territoriaux.  Le rapport défend une conviction forte : la transition ne pourra réussir sans redonner toute sa place au temps long, à la connaissance scientifique, à l’éducation, à la participation citoyenne et aux territoires. Il plaide pour une planification écologique plus cohérente, articulant atténuation et adaptation, et appelle à renforcer les capacités de résilience de la société face aux risques climatiques, économiques, sanitaires ou géopolitiques.  Parmi les propositions les plus structurantes figurent l’inscription du principe de non-régression environnementale dans les principes constitutionnels, le déploiement massif de l’éducation au développement durable tout au long de la vie, la création d’un Conseil exécutif des parties prenantes de la planification écologique, la mise en cohérence de l’ensemble des stratégies publiques autour d’horizons communs à 2030, 2040 et 2050, ainsi que l’intégration systématique de l’adaptation aux changements climatiques dans les politiques publiques.  Le Comité 21 appelle également à repenser en profondeur nos indicateurs de richesse, nos systèmes fiscaux et les règles de l’économie afin qu’ils prennent réellement en compte la préservation des ressources naturelles et des biens communs. Il propose notamment d’accélérer le développement de l’économie de fonctionnalité, fondée sur la valeur d’usage plutôt que sur l’accumulation de biens matériels, afin de concilier prospérité, sobriété et souveraineté.  Enfin, le rapport souligne le rôle central des territoires, des collectivités, des entreprises, du monde associatif, des universités et des citoyens dans la construction de ces nouveaux modèles. Plus qu’un simple diagnostic, il constitue une contribution au débat public et une invitation à construire collectivement des trajectoires capables de répondre aux défis du XXIᵉ siècle sans renoncer aux exigences de justice sociale, de démocratie et de soutenabilité.  À travers 45 propositions concrètes, le Comité 21 souhaite ainsi contribuer au débat présidentiel et rappeler qu’au-delà des échéances électorales, la véritable question demeure : quelle société voulons-nous construire pour les décennies à venir ?  Consulter les 5 volumes : Volume 1 : De l’espoir du monde d’après à l’instabilité de la planète | volume 2 : Le temps des choix | Volume 3 : Nature et puissance | Volume 4 : Puissance publique | volume 5 : Économie 4 questions à… Bettina Laville, Présidente-fondatrice du Comité 21, coordinatrice du rapport Après plusieurs années de travaux sur les nouveaux modèles sociétaux, quel est votre principal constat ?  Ce qui me frappe, c’est que nous ne manquons ni de diagnostics ni de solutions. Les propositions existent ; elles sont nombreuses, souvent déjà expérimentées dans les territoires, les entreprises, les associations ou les collectivités. Pourtant, nous avons encore beaucoup de mal à les déployer à grande échelle, et à les financer.  La principale difficulté tient, selon moi, bien sûr à la situation politique, qui ne se prête pas aux élans refondateurs, mais aussi à la superposition des crises. Les changements climatiques, les tensions géopolitiques, les bouleversements technologiques, les fractures sociales ou encore les atteintes à la biodiversité interagissent désormais les uns avec les autres. Les décideurs ont du mal à hiérarchiser les priorités, les financements restent encore trop souvent orientés vers la gestion des conséquences plutôt que vers le traitement des causes, et les citoyens ont parfois le sentiment que l’on colmate les brèches plus que l’on ne construit l’avenir.  Nous sommes entrés dans un monde plus complexe et plus instable. Cela exige de nouvelles manières de penser et d’agir.  Vous évoquez souvent la nécessité de nouveaux modèles. Pourquoi parler de modèles au pluriel ?  Lorsque nous avons commencé ce travail, nous pensions pouvoir identifier les contours d’un nouveau modèle de développement. Au fil des années, j’ai acquis la conviction qu’il n’existe pas de solution unique capable de répondre à l’ensemble des défis auxquels nous sommes confrontés.  Les réponses seront nécessairement multiples, évolutives et adaptées aux réalités des territoires. En revanche, plusieurs principes communs émergent clairement : la nécessité de réconcilier l’économie avec les limites écologiques, de faire de la sobriété une nouvelle forme de prospérité, de renforcer les capacités d’adaptation de nos sociétés, de mieux intégrer le temps long dans les décisions et de développer des formes de gouvernance plus coopératives.  Je suis aussi persuadée qu’il faut renoncer clairement, définitivement, à ce qui retarde l’avènement de nouveaux modèles. Il faut se délester des automatismes nocifs.  Les nouveaux modèles ne naîtront pas d’une grande réforme unique. Ils émergeront progressivement des expérimentations, des innovations et des coopérations que nous saurons mettre en œuvre.  Malgré les crises, êtes-vous optimiste pour l’avenir ?  Je suis lucide avant d’être optimiste. Les années qui viennent seront marquées par des tensions géopolitiques durables, par l’accélération des changements climatiques — annoncée, mais plus forte en France que ne le prévoyaient les premiers modèles — et par des secousses économiques importantes. Il serait illusoire de penser que nous reviendrons au monde d’hier.  Pour autant, je ne crois pas au déclin inéluctable. Je crois à la capacité d’adaptation des sociétés.  Tout au long de cet ouvrage, nous avons montré que les territoires, les entreprises, les citoyens, les chercheurs et les collectivités développent déjà

Quelle place pour la forêt dans l’aménagement du territoire ?

Le Comité 21 membre actif de la FSC France a participé à la table ronde organisée après son Assemblée Générale sur la thématique : quelle place pour la forêt dans l’aménagement du territoire ? Cette table ronde a mis en lumière les enjeux de plus en plus importants auxquels la forêt française est exposée. Face à des défis qui s’accélèrent, la gouvernance apparait trop fragmentée. Ainsi, comment construire une stratégie forestière réellement intégrée ? Qui fixe les grandes orientations ? Comment construire le dialogue au niveau national et local ? La Table ronde se réunissait autour d’Aurelien Sautière, Directeur exécutif de FSC France, qui a modéré les échanges entre : Michaël Weber (Fédération des Parcs naturels régionaux de France et Sénateur de la Moselle), Jacques CHARRON (Parc naturel régional des Boucles de la Seine Normande), Julie Marsaud (WWF-France), françois BONNET (ONF – Office National des Forêts), et Bettina Laville qui représentait le Comité 21. Les échanges ont mis en lumière un constat partagé : la gestion forestière est un sujet d’aménagement des territoires. Face aux effets du changement climatique, elle doit gagner en agilité tout en s’inscrivant dans une vision de long terme, à l’image du temps de croissance des forêts. Cette ambition ne pourra se concrétiser qu’à travers un dialogue territorial renforcé entre l’ensemble des acteurs, à différentes échelles géographiques. Une vision incarnée notamment par les PNR, qui font le choix de « convaincre plutôt que de contraindre ». Bettina Laville a insisté sur le besoin financier et stratégique de solutions locales, en particulier pour faire face à l’entretien des forêts communales, et a annoncé que le Comite 21, dans sa nouvelle organisation territoriale, ferait des propositions en ce sens en 2027. Anne CLERC, Préfète et nouvelle Déléguée interministérielle à la forêt, au bois et à ses usages a conclu la table ronde.

Planification écologique : où en est réellement la France ? 

Le Secrétariat général à la planification écologique (SGPE) a mis en ligne le 18 juin dernier une nouvelle version de son Baromètre de la planification écologique, un outil inédit destiné à suivre l’avancement des principaux objectifs environnementaux fixés par la France. À travers près de 250 indicateurs issus des grandes stratégies nationales – Stratégie nationale bas-carbone (SNBC), Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), loi Agec, plan Eau, stratégie biodiversité ou encore politiques de lutte contre les pollutions – ce tableau de bord offre une photographie précieuse de l’état d’avancement des transitions engagées.   L’initiative mérite d’être saluée. Dans un domaine où les objectifs sont nombreux et parfois difficiles à appréhender, le baromètre apporte davantage de transparence et permet de suivre, de manière accessible, l’écart entre les trajectoires actuelles et les engagements pris par la France. Il constitue également un outil utile pour les collectivités, les entreprises, les associations et l’ensemble des acteurs engagés dans la transition écologique.  Mais au-delà de l’exercice de transparence, les résultats appellent à la vigilance.  Le constat dressé par le SGPE est sans ambiguïté : la France progresse sur certains sujets, mais reste en retard sur plusieurs objectifs structurants. Comme le reconnaissent les concepteurs du baromètre eux-mêmes, « on est rarement en avance sur nos engagements ».   Parmi les principaux points de vigilance figure la lutte contre l’artificialisation des sols. Malgré l’objectif de réduction progressive de la consommation d’espaces naturels, agricoles et forestiers, les trajectoires actuelles restent insuffisantes pour atteindre les ambitions fixées. Or la préservation des sols constitue un enjeu majeur à la fois pour la biodiversité, la ressource en eau, la souveraineté alimentaire et l’adaptation aux changements climatiques.  La situation est également préoccupante concernant la qualité de l’eau. Une part importante des masses d’eau françaises demeure éloignée du bon état écologique fixé par les directives européennes. Les pressions liées aux pollutions diffuses, aux prélèvements et aux évolutions climatiques continuent de peser lourdement sur les milieux aquatiques.  Le baromètre met aussi en évidence les difficultés rencontrées dans la réduction des déchets ménagers. Malgré les progrès réalisés en matière de tri, de recyclage et d’économie circulaire, les volumes produits restent trop élevés pour respecter les trajectoires prévues par la loi Agec.  Les indicateurs relatifs à la qualité de l’air soulignent également des écarts importants avec les objectifs à atteindre à l’horizon 2030. Les nouveaux seuils européens imposeront des efforts significatifs pour réduire certaines émissions polluantes responsables de nombreux impacts sanitaires.  Plus globalement, le baromètre confirme que les enjeux de biodiversité, de ressources naturelles et de réduction des pollutions demeurent parmi les plus difficiles à traiter. Ces sujets nécessitent souvent des transformations profondes des modèles économiques, agricoles, industriels ou d’aménagement.  L’un des enseignements les plus marquants de cet exercice concerne toutefois l’adaptation aux changements climatiques. Alors même que la France s’est dotée d’un troisième Plan national d’adaptation au changement climatique et que les impacts du réchauffement deviennent chaque année plus visibles, le baromètre ne dispose pas encore d’indicateurs suffisamment robustes pour mesurer les progrès réalisés dans ce domaine. Plusieurs travaux sont en cours, mais l’absence actuelle d’indicateurs opérationnels illustre la difficulté persistante à évaluer concrètement la résilience des territoires, des infrastructures ou des populations face aux risques climatiques.   Cette situation interroge. Car si les émissions de gaz à effet de serre, la consommation énergétique ou les volumes de déchets peuvent être relativement bien mesurés, l’adaptation reste souvent plus difficile à objectiver. Comment mesurer la résilience d’un territoire face aux canicules ? La capacité d’une collectivité à gérer une crise liée à l’eau ? L’évolution de la vulnérabilité des populations ? Ces questions deviennent pourtant centrales à mesure que les effets des changements climatiques s’intensifient.  Pour le Comité 21, ce nouveau baromètre confirme l’importance d’articuler davantage les politiques nationales et les dynamiques territoriales. Les trajectoires environnementales ne pourront être atteintes sans une mobilisation renforcée des collectivités, des entreprises, des associations et des citoyens. Les Conférences régionales de la planification écologique ont constitué une première étape importante, mais leur traduction opérationnelle reste désormais l’enjeu principal.   Au-delà des chiffres, le baromètre rappelle surtout que la transition écologique est un exercice de long terme qui exige de la cohérence, de la continuité et de la capacité à mesurer objectivement les progrès réalisés. Il montre également que les défis restent considérables et que les prochaines années seront déterminantes pour respecter les engagements climatiques, environnementaux et de préservation des ressources que la France s’est fixés.  Car si mesurer les écarts est indispensable, la véritable question demeure : comment accélérer suffisamment pour les réduire ?  En savoir +

Actualités nationales : Webinaire sobriété hydrique

Webinaire thématique #3 : Sobriété hydrique à l’échelle territoriale : des contraintes des industriels aux nécessaires coopérations territoriales   Face à l’intensification des épisodes de sécheresse, aux tensions croissantes sur la ressource en eau et au renforcement des exigences réglementaires, la sobriété hydrique s’impose comme un enjeu majeur pour les territoires. Si les industriels sont parmi les premiers concernés par ces contraintes, la préservation de la ressource ne peut se concevoir qu’à l’échelle territoriale, en mobilisant l’ensemble des acteurs autour de stratégies collectives. Ce webinaire proposera d’explorer les enjeux de la sobriété hydrique en partant des contraintes physiques et réglementaires qui s’imposent aux industriels, pour montrer comment celles-ci conduisent à renforcer les coopérations entre entreprises, collectivités et acteurs du territoire. À cette occasion, Elodie Singlande, fondatrice d’EauRhéa, apportera un éclairage sur les évolutions réglementaires récentes et partagera des exemples concrets de démarches de sobriété hydrique mises en œuvre par les entreprises. Emmanuel Soyeux (Veolia) complétera cette approche par son retour d’expérience et illustrera les leviers ainsi que les conditions de réussite des démarches de coopération territoriale autour de la ressource en eau. La séance s’ouvrira par une revue des principales actualités de la transition écologique, avec un décryptage des évolutions récentes en matière de climat, de ressources et de vivant. 🎙️Intervenants : Elodie SINGLANDE, Fondatrice EauRhéa, experte eau & RSE associée au Comité 21 Emmanuel SOYEUX, Senior Water & Environment Specialist, Veolia Olivier BRUNNER, Agence de l’eau Loire Bretagne 📅 24 septembre 2026 | 11:30 – 13:00 Lien d’inscription

Centre-Val de Loire : repenser l’habitabilité des territoires face aux transitions

Comment continuer à habiter durablement les territoires dans un contexte de changements climatiques, d’évolutions démographiques et de transformations sociales profondes ? C’est à cette question que la Région Centre-Val de Loire souhaite répondre à travers sa nouvelle démarche « Habiter le Centre-Val de Loire – Repenser le jardin de la France », officiellement lancée le 12 juin à Orléans. Cette initiative part d’un constat simple : les modèles d’aménagement hérités du passé ne suffisent plus à répondre aux défis actuels. Les territoires doivent désormais composer avec des épisodes de chaleur plus intenses, des tensions croissantes sur l’eau, des risques d’inondation, des besoins en logement, des mobilités à transformer, des services publics à maintenir et des équilibres à préserver entre espaces ruraux, villes moyennes et centralités urbaines. La notion d’habitabilité permet précisément de poser ces questions ensemble. Elle ne se limite pas au logement ou à l’urbanisme. Elle interroge les conditions concrètes qui permettent à un territoire de rester vivable, accueillant, résilient et désirable : accès à l’eau, qualité des sols, présence de nature, confort d’été, proximité des services, mobilités du quotidien, cohésion sociale, capacité d’adaptation des équipements et qualité du cadre de vie. Avec cette démarche, la Région souhaite construire une vision partagée de l’avenir régional, en associant largement collectivités, élus locaux, architectes, urbanistes, aménageurs, chercheurs, acteurs économiques, culturels et citoyens. L’objectif est de dépasser une approche strictement technique ou réglementaire de l’aménagement pour ouvrir un débat plus large : comment voulons-nous habiter le Centre-Val de Loire demain ? La démarche se veut aussi très opérationnelle. Un appel sera lancé pour identifier des projets locaux cohérents avec cette nouvelle manière d’habiter le territoire. Ces projets pourront être accompagnés par la Région dans le cadre d’un dispositif d’accélération, avec une enveloppe de 500 000 euros issue du Feder. L’enjeu sera de soutenir des démonstrateurs concrets, observables et évaluables, capables d’inspirer d’autres territoires. L’accompagnement des élus locaux constitue un autre axe central. Parce qu’ils sont en première ligne dans les choix d’aménagement, les élus doivent pouvoir disposer de repères, d’outils et d’exemples pour faire évoluer leurs projets. La Région entend s’appuyer notamment sur ses contrats d’aménagement avec les collectivités, qui représentent 400 millions d’euros sur six ans, afin d’intégrer plus fortement les enjeux climatiques, sociaux et territoriaux dans les décisions d’investissement. La démarche accordera également une place importante aux ateliers territoriaux. Ces temps de travail permettront de faire dialoguer des acteurs qui ne se rencontrent pas toujours : élus, techniciens, habitants, professionnels de l’aménagement, artistes, architectes, associations ou acteurs économiques. Cette méthode est essentielle, car l’habitabilité d’un territoire ne peut être pensée depuis un seul point de vue. Elle suppose de croiser les usages, les besoins, les contraintes et les imaginaires. L’initiative s’appuie aussi sur la culture et l’architecture comme leviers de projection collective. L’exposition « Living with – Faire avec », présentée au Frac d’Orléans, montre comment l’architecture peut aider à penser des manières d’habiter avec l’existant, avec la nature, avec les vulnérabilités ou encore avec les territoires abîmés. Elle rappelle que les transitions ne relèvent pas seulement de normes ou d’investissements, mais aussi de notre capacité à imaginer d’autres futurs possibles. Cette dimension est particulièrement importante. Pour transformer les territoires, il ne suffit pas d’aligner des objectifs. Il faut aussi construire un récit commun, donner à voir des solutions, rendre désirables des changements parfois perçus comme contraignants. En ce sens, l’imaginaire devient une ressource pour l’action publique. Les cinq piliers de la démarche résument bien cette ambition : anticiper plutôt que subir ; mettre les élus au cœur de la fabrique territoriale ; expérimenter sur le terrain ; mobiliser la créativité et la culture ; construire un récit régional partagé. Ils traduisent une volonté de faire de l’aménagement un levier de transformation, et non une simple réponse aux contraintes. Cette approche rejoint pleinement les convictions du Comité 21. Les transitions écologiques, sociales et économiques ne peuvent réussir que si elles sont territorialisées, appropriées par les acteurs locaux et construites dans la coopération. Les enjeux de sobriété foncière, d’adaptation aux changements climatiques, de protection du vivant, de santé, de mobilité ou de logement doivent désormais être pensés ensemble, à l’échelle des bassins de vie. Le Comité 21 accompagne précisément ces dynamiques en créant des espaces de dialogue entre collectivités, entreprises, associations, chercheurs et citoyens. Son rôle est de faciliter le passage de la prise de conscience à l’action, en aidant les territoires à identifier leurs vulnérabilités, à partager les connaissances, à structurer des coopérations et à faire émerger des solutions adaptées aux réalités locales. L’initiative lancée en Centre-Val de Loire illustre ainsi une évolution majeure des politiques territoriales. Il ne s’agit plus seulement de planifier le développement, mais de garantir la capacité des territoires à rester habitables dans un monde en transformation rapide. Cette question deviendra centrale dans les années à venir, car elle conditionne directement la résilience des territoires, la qualité de vie des habitants et la cohésion sociale. Repenser l’habitabilité, c’est finalement poser une question simple mais décisive : comment continuer à vivre ici, demain, dans de bonnes conditions ? C’est à partir de cette question que peuvent se construire des politiques publiques plus justes, plus sobres et plus adaptées aux défis du siècle.

Planifier et financer la résilience ​des territoires

Le 19 mai 2026, le Comité 21 a organisé son deuxième webinaire thématique autour de la résilience des territoires. Face aux aléas climatiques, aux problématiques de gestion des ressources et à la nécessité de préserver la cohésion sociale, il est indispensable de planifier la résilience des territoires. Pour concilier enjeux environnementaux, économiques et sociaux dans un contexte de forte incertitude et de budgets contraints, les coopérations entre acteurs publics et privés sont incontournables. Comment planifier et financer les démarches de résilience dans les territoires? A l’heure où les nouveaux élus municipaux doivent définir leur politique d’investissements et que l’Union européenne revoit le cadre de ses financements régionaux, quels leviers activer pour construire ensemble des solutions pragmatiques ? Intervenants : Un replay est disponible pour les adhérents dans notre Centre de ressources. Retrouvez le support de présentation ici :

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